Changement de plans

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Certains le savent déjà, l’année a été difficile pour moi. Éprouvante. Pas parce que je devais travailler beaucoup pour y arriver. Oh non. J’y arrivais. Sans travailler le moins du monde. Ce que je n’arrivais pas à faire en revanche, c’était mettre de côté cette impression que je me gourais totalement de voie. Les jours passaient, les stages avançaient, et mon envie de faire ce métier dégringolait de plus en plus. Ce qu’on m’imposait de faire, de connaitre, ne me convenait pas. Mais ça, il fallait encore que je m’en aperçoive. Je luttais péniblement pour trouver le courage de continuer, sans vraiment savoir ce qui m’entravait à ce point. Quelque chose clochait. Je m’endormais avec la boule au ventre, je n’arrivais pas à me lever le matin, j’étais de mauvaise humeur, je passais des journée entière dans mon lit à pleurnicher sans savoir pourquoi, je tombais malade tout les deux jours. Et j’ai choisis, involontairement, de ne pas faire le lien, de nier l’évidence, de passer à coté de ce que je ressentais depuis le début.

Abandonner n’a jamais fait partie de mes projets. Je n’ai jamais lâché, j’ai toujours eu ce que je voulais. Toujours. Et si cette fois j’abandonne, c’est parce que je me suis aperçue que ce n’était absolument pas ce que je voulais.

J’aurais un milliard de choses à dire sur l’éducation nationale, sur le métier de professeur des écoles, mais je ne le ferais pas ici pour m’épargner les accusations d’amalgame et autre. Toujours est-il que ce que j’ai vu tout au long de cette année ne me convenait pas. Le concours d’abord. Etre meilleur que les autres, être jugé subjectivement sur une heure et quart d’entretien stressant et déstabilisant, devoir mettre de côté ses propres convictions pour plaire à un jury qui ne croit pas lui même en ce qu’il attend qu’on dise. Je veux être jugé pour ce que je suis, pour ce que j’ai à offrir, pas pour ma connaissance au mot prêt des Bulletins Officiels. Et puis le métier en lui même. Les valeurs ne sont pas les miennes, les objectifs ne sont pas les miens. Trop d’imposés, de limites, d’entraves, trop d’obligations qui ne collent pas à ma philosophie de la vie. Je n’aime pas la façon dont on élève nos enfants. Je n’aime pas que la maîtresse de mon école de secteur frappe nos enfants et que ça ne l’empêche pas d’exercer.

Mais malgré tout ça, j’avais décidé d’essayer, de persévérer, de faire mon chemin et d’essayer de changer tout ça a mon petit niveau. Je voulais exercer ce métier, avoir une classe, une classe différente, une classe à mon image. Alors j’ai continué, j’ai été admissible, et je me suis rendue aux oraux. Alors tout mes espoirs ce sont envolés…

Cette supériorité, ce dédain visible dans les yeux du jury. Ce jugement, cette pression, cette expression exaspérée comme si ils auraient préférés être sur la plage à siroter des cocktails. Tout ça c’était pas ce que je voulais. J’ai perdu mes moyens, j’ai oublié tout ce que je savais. J’ai pleuré, même. Je suis sortie en sanglotant comme une enfant, à deux doigts de m’étouffer avec mes larmes. J’ai essayé de me persuader que ce n’était que partie remise, que j’aurais mon concours l’année prochaine. Je me suis remotivée.

Et puis il y a eu cette conversation, ces mots libérateurs, ce soulagement. Pour ça, je ne remercierais jamais assez ma meilleure amie. Assises sur mes chaises de jardin en plastique, dehors à la lumière des lampadaires. J’ai réalisé que j’avais des choses à lui dire, que ça n’allait pas, que j’avais besoin de lui parler. Alors j’ai parlé, parlé encore parlé. Et pleuré aussi, beaucoup! Elle m’a demandé ce que je voulais, ce que je voulais vraiment faire de ma vie. Et là j’ai compris : je voulais rendre des enfants heureux. Etre là pour eux, cuisiner, fabriquer, jouer, rire. C’était ça que je voulais faire toute ma vie. Oh bordel, je ne voulais que ça. Jamais je n’avais fait le lien entre mon désir d’une famille nombreuse et le métier que je pourrais faire. Jamais je n’avais imaginé que je pourrais allier ma carrière et ce qui me rend vraiment heureuse. Et ce qui me rend vraiment heureuse c’est eux, ces gosses avec leurs taches de chocolat sur la goule et leurs sourires sans dents. Je me voyais déjà faire des ateliers gateau au chocolat, de la pate à sel, et des cahiers pleins de photos pour les parents.

Assistante maternelle. Ces deux mots ce sont imposés à mon esprits comme s’ils avaient toujours été là, dans un coin de ma tête à attendre que j’aille les chercher.

Alors elle m’a demandé ce qui me retenait, et j’ai compris encore autre chose. Avec le passé que je me trimbale, on m’a souvent dit que je m’en « sortais bien », que j’aurais pu finir droguée sur un trottoir si je n’avais pas eu ce sérieux et ce courage qui me caractérisent tellement. On m’a tellement dit qu’on était fiers de moi, on m’a tellement dit qu’on comptais sur moi, on en attendais tellement de moi, que je n’étais pas capable de laisser tomber. Prendre la décision, abandonner, et prendre le risque de décevoir… Voilà ce que je n’étais pas prête à faire. Mais ce soir là, il n’était plus question de plaire, de faire plaisir, il était question d’être heureuse, et de ne pas gâcher ma vie. Alors j’ai rassemblé ce courage dont on me félicitait, et j’ai pris une décision.

J’arrête, je laisse tomber. Plus de stress, plus de pleures, plus de crises d’angoisse au milieu de la nuit. Je ne pouvais plus, de toute façon. Je n’y arrivais plus. Et puis je m’en fous. C’est pas ce que je voulais faire. Je cherche un emploi d’assistante d’éducation pour la rentrée. Avec nos deux salaires, on pourra enfin déménager, trouver une maison plus grande, s’éloigner un peu de la ville. Il faudra que je termine de passer mon permis aussi. Et puis cette maison, on l’aménagera correctement pour accueillir des enfants, et ensuite on fera ce qu’il faut pour que puisse exercer ce métier. Parce que c’est ça, ce que je veux. Je veux pas la gloire, je veux pas qu’on soit fier de moi, je veux être heureuse, et rendre des enfants heureux. Je veux donner du bonheur, des rires, à des enfants qui ne l’ont pas à la maison. Je veux rendre la vie plus douce aux parents et aux enfants qui ont du mal à se séparer lorsqu’il faut aller travailler. Je veux tout ça et plus encore…

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4 réflexions sur “Changement de plans

  1. Très bel article qui me touche car pendant un temps j’avais aussi envisagé ce concours, je ne suis pas allée aussi loin que toi mais j’ai vite senti qu’effectivement ce n’était pas vraiment la bonne voie…
    C’est super d’avoir réussi à débrouiller tes sentiments et de s’affranchir de besoin de plaire et de rendre fier, pour penser à ce qui va nous rendre vraiment heureuse. Et puis il y a de quoi être très fière car les bonnes assistantes maternelles, avec un réel désir de s’investir auprès des enfants et de les rendre heureux, c’est rare et précieux….
    Dailleurs, tu vas exercer dans quel coin ?
    😉
    Bonne continuation pour ce beau projet !

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup pour ton commentaire ça me fait vraiment plaisir. J’avais un peu peur qu’on m’accusé de dénigrer l’éducation nationale^^.
      Je serais en seine maritime près de Rouen normalement mais ça dépendra d’où je trouve du boulot en attendant. On déménagera pas loin de mon boulot car pas de permis ^^

      Aimé par 1 personne

  2. Très bel article, je crois que beaucoup de monde pourrait se reconnaître… C’est super d’avoir réussi à mettre le doigt sur ce qui clochait et à trouver la force là encore de regarder en face ce qu’on a envie de faire vraiment… Bonne continuation donc, maintenant que tu es sur la bonne voie 🙂

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