Des mots sur nos maux

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C’était au mois de janvier. Il y a seulement quelques mois. Si vous saviez comme j’ai souffert de ce regard porté sur ma fille, cette pitié que j’ai pu lire dans les yeux des gens à l’évocation de son prénom.
Charlie. Charlie. Charlie. Elle s’appelle Charlie.
Comme je m’en suis voulu de lui avoir donné ce prénom. C’était ma faute si sa toute petite vie était déjà associée à de telles atrocités. J’ai pleuré jour et nuit, pour ces morts, pour ma France mais aussi égoïstement, pour l’avenir de ma fille.  Et puis comme tout le monde, j’ai rangé ça dans un coin de ma tête, rassurée,  en me disant que ça ne se reproduirait plus jamais, qu’on n’en parlerait plus. J’avais confiance.

10 mois. Il aura fallu à peine 10 mois pour que le drame touche à nouveau notre belle France. Une bougie à la fenêtre, nous pleurons de nouveaux morts, nous prions une nouvelle fois pour ces familles endeuillées, nous espérons plus fort que tout que les personnes disparues vont bien. Nous remercions les forces de l’ordre, les médecins, les pompiers, et les civiles qui ont tout donné pendant cette nuit d’horreur.

Pour nous tout va bien, tout le monde va bien. Nous avons la chance qu’aucun de nos proches ne soit dans le coin ce jour là, ce qui n’était pas gagné. Mais je ne parviens pas à m’enlever cette nausée, ce malaise qui m’a prit toute entière ce soir là. Mon petit coeur de maman ne comprend pas. Comment peut-on en arriver là? Comment peut-on encore faire la guerre au 21ème siècle, et en particulier dans ce pays de tolérance et de métissage qu’est la France. J’ai mal au coeur, mal pour mon pays, mal pour mon peuple.

Mais surtout, surtout, j’ai peur. Une trouille monstrueuse qui me dévore. J’ai peur pour ma fille. Pas seulement pour le monde que nous lui laissons. Pas seulement pour l’avenir. J’ai peur pour le présent, peur de ce qui peut nous attendre au coin de la rue. J’ai peur que le cauchemar ne se termine jamais.

Je me fous des religions, des politiques, des pourquoi et des explications bancales. Je me fous de ce qui se passe ailleurs. Je ne veux plus entendre qu’il n’est pas légitime de pleurer les morts de Paris quand tant d’autres meurent à l’étranger. Je ne veux plus que les mots racisme et amalgames me viennent aux oreilles. Je veux qu’on se tienne la main, qu’on pleure et qu’on prie, ensemble. Je veux qu’on s’aime. Je veux qu’on leur envois notre bonheur à la gueule. Qu’ils sachent qu’ils ont perdu.

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